"Je ne veux laisser personne décider pour moi.
Je veux décider pour moi-même "
(Yevgeny Zamyatin, dans " Nous Autres ").
Cet essai est un appel à une plus grande libération des hommes et des femmes. Non pas des hommes tels que les voient les théoriciens derrière leurs bureaux, dans leurs tribunes, ou dans les discussions du café de la gare. Ces théoriciens construisent et reconstruisent la société en esthètes. Ils se font plaisir en exprimant leur sens du beau appliqué à l'organisation sociale, ou à leur logique cartésienne. Et dans leur désir de faire en sorte que "les choses aillent mieux" ils sont conduits tout naturellement à imposer ce mieux. Mais ce mieux-là, c'est le leur, leur idée, leur choix. Ce n'est pas forcément celui des milliards d' êtres humains qui peuplent la planète. Et si, pour chacun d'entre nous, dans les conditions de vie et de culture atteintes en ce début du vingt et unième siècle, un "moins bien " choisi était préférable à un "mieux" imposé ? De progrès matériels en facilités de vie toujours plus grands et touchant toujours un plus grand nombre, la société actuelle nous conduira encore, certes, de difficultés gommées en conforts accrus. Bienvenue soit cette modernité. Bienvenus les transports faciles, les vacances possibles pour presque tous. Bienvenues les machines à laver : qui regrette les savons en paillettes et les lessiveuses ? Mais qui croit en un bonheur meilleur irradiant nos cœurs parce que nous "vivons mieux" ? L'homme des cavernes, regagnant sa grotte avec un nouvel outil de pierre taillée, ressentait le même bonheur, c'est sûr, que l'homme moderne rejoignant son garage au volant de sa voiture neuve. Et tout aussi sûr est le même malheur de ces deux hommes devant un enfant perdu. Alors ? L'accroissement du sentiment de bonheur personnel, hors de portée de nos techniques, serait-il hors de portée de nos réflexions et de nos espoirs? Cet ouvrage veut ouvrir une piste vers un mieux-être qui dépasse le moyen du "pouvoir d'achat" individuel : à celui-là, ajoutons la voie du "pouvoir de décision" individuel. Pouvoir de décision qui nous reviendrait enfin dans tout ces domaines où sévit aujourd'hui la contrainte : décision d'organiser notre travail autrement, décision d'éduquer nos enfants--ou nous-mêmes-- selon des critères différents, décision de choisir le calendrier, et mieux le montant pour une année, de nos impôts! On verra que c'est possible, si l'homme pense enfin à l'homme, et moins à la société humaine... Mai 68, malgré ses excès, a en un sens été trop timide : Il est interdit d'interdire. Certes pas toujours, cependant bien souvent on peut applaudir cette consigne ! Mais dans cette recherche vers une liberté individuelle mieux ressentie, les pages qui suivent veulent essayer aussi de raccourcir la distance qui nous sépare d'un inaccessible Il est interdit de contraindre. Personne ne peut espérer être libéré de toute contrainte en provenance de la société qui nous entoure. En revanche une part plus importante de pouvoir . devrait nous être rendue. Quel pouvoir? Dans "Pouvoir et Société économique" cité par la Revue "Management et Conjoncture Sociale" en septembre 1994, le Professeur Jean Lhomme donnait cette définition du mot "pouvoir" : "Capacité consciente d' exercer une influence". Et il précisait ainsi l'importance de chaque mot: Capacité : le pouvoir existe en tant que potentiel, qu'il soit ou non exercé. Consciente : il se distingue des forces aveugles et suppose l'existence d'une intention. D'exercer : il suppose un passage à l'action Une influence : il tend à modifier le cours des choses et la façon dont elles se présentent pour autrui. Cet ouvrage va tenter d'explorer diverses voies conduisant à augmenter notre capacité d'influer sur notre propre vie par un pouvoir mieux partagé entre la société et chacun d'entre nous.
Dernière mise à jour de cette page: 8 décembre 2009